Voitures sur une route à deux fois deux voies en Saxe, avec au loin l’usine Volkswagen de Zwickau et ses deux cheminées blanches, et une grande éolienne sous un ciel bleu

Thermique après 2035 et Made in Europe : ce que change l’accord Paris-Berlin

Mis à jour le 16 octobre 2026 · Actus auto · déclaration conjointe franco-allemande du jour et documents consultés par l’AFP et La Tribune · rien n’est encore adopté au niveau européen · aucun lien affilié

L’essentiel

  • 🤝 Paris et Berlin ont confirmé ce vendredi 16 octobre un accord sur l’avenir de l’automobile européenne : plus de souplesse sur le CO2 en 2035 contre un « Made in Europe » plus strict.
  • 🏁 En 2035, les constructeurs devraient réduire leurs émissions moyennes de 90 %, et non plus 100 %, sans compenser les 10 % restants (document cité par l’AFP).
  • 🏭 En échange, les aides publiques viseraient des voitures assemblées en Europe avec au moins 70 % de la valeur des composants (hors batterie) produite en Europe.
  • 🚗 Pour votre voiture actuelle : rien ne change. Ces règles visent les ventes de voitures neuves, et la règle de 2035 n’a jamais interdit de rouler en thermique.
  • ⏳ Ce n’est pas encore la loi : il faut l’accord des autres États et du Parlement européen, qui vote le 23 novembre.

90 %

de baisse du CO2 exigée en 2035, sans compensation

Au lieu de 100 % · document franco-allemand cité par l’AFP

70 %

de la valeur des composants (hors batterie) faite en Europe

Pour 80 % de la flotte d’un constructeur · La Tribune

23 nov.

vote des eurodéputés sur la révision des règles CO2

Session plénière à Strasbourg · Euronews

Après des mois de bras de fer, Paris et Berlin se sont partagé la télécommande : l’Allemagne garde ses moteurs thermiques, la France obtient un « Made in Europe » plus exigeant. Reste à convaincre le reste du salon, c’est-à-dire les 25 autres États et le Parlement européen.

📜 Ce qui a été annoncé (et ce qui ne l’a pas été)

La déclaration publiée par l’Élysée parle d’« un ensemble global de mesures » mêlant décarbonation et « flexibilité réglementaire ». Aucun chiffre. Les détails viennent de documents consultés par l’AFP et La Tribune, repris par Euronews et la télévision allemande tagesschau.

La loi actuelle exige −100 % de CO2 en 2035 : plus que des voitures neuves sans émissions à l’échappement. En décembre 2025, la Commission a proposé −90 %, en compensant les 10 % restants par de l’acier bas carbone made in UE, des e-carburants ou des biocarburants. Paris et Berlin suppriment cette compensation, au nom de « l’utilisation croissante de carburants » renouvelables (AFP).

2035 : trois versions de la même ligne d’arrivée Baisse des émissions moyennes de CO₂ des voitures neuves exigée en 2035, par rapport à 2021 Règlement en vigueur (2023) 100 % Proposition de la Commission (déc. 2025) 90 % + 10 % compensés Compromis Paris-Berlin (16 oct. 2026) 90 %, point. Compensation proposée : acier bas carbone UE, e-carburants, biocarburants · Sources : Commission, AFP, Euronews, tagesschau

Concrètement ? L’objectif 2030, 49,5 g/km, vaut −55 % par rapport à 2021 : la base est donc d’environ 110 g/km, et −90 % donne à peu près 11 g/km en 2035 (calcul Oxycar). Soit, en gros, 90 % d’électriques et 10 % de thermiques. Les hybrides rechargeables, très bien notés sur le papier, laisseraient un peu plus de marge. Leur conso réelle est une autre histoire : voir l’hybride rechargeable au quotidien.

Objectif moyen voitures neuves Valeur Statut
2025–2029 93,6 g CO2/km En vigueur
2030–2034 49,5 g CO2/km (−55 % vs 2021) En vigueur (assouplissements proposés)
2035, règle actuelle (−100 %) 0 g CO2/km En vigueur, en cours de révision
2035 à −90 % ≈ 11 g CO2/km (calcul Oxycar) Proposé (Commission, puis Paris-Berlin)

🏭 Le « Made in Europe » : la part de Paris

Selon le document lu par La Tribune, « le véhicule devrait être assemblé en Europe et au moins 70 % de la création de valeur totale des composants, hors batterie, devrait être réalisée en Europe », pour 80 % du parc d’un constructeur. Les constructeurs voulaient 70 % sur 70 % des ventes, les équipementiers 80 à 85 % sur 80 % : poire coupée en deux. Pour la Fiev, un point de contenu local pèse 4 milliards d’euros d’investissements et 15 000 emplois (La Tribune). C’était le cœur des alertes du Mondial : voir Renault, Valeo, Fiev et les menaces sur les usines.

Vue aérienne de l’usine Renault de Flins-sur-Seine au bord de la Seine, avec ses grands bâtiments et des parkings remplis de voitures neuves
L’usine Renault de Flins (Yvelines) vue d’avion, en mai 2018 — illustration. Photo Pymouss, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, recadrée.
Sujet Ce que prévoit le compromis Qui l’a voulu
🏁 CO2 en 2035 Baisse de 90 % des émissions moyennes des voitures neuves (base 2021), sans compenser les 10 % restants Berlin
🏭 « Made in Europe » Voiture assemblée en Europe et au moins 70 % de la valeur des composants hors batterie réalisée en Europe, pour 80 % de la flotte d’un constructeur (document lu par La Tribune) ; batterie : 10 % de contenu européen (Euronews) Paris
🌍 Qui compte comme « Europe » Les 27, plus Royaume-Uni, Norvège, Islande et Suisse, sous conditions de réciprocité (Euronews) ; Maroc et Turquie exclus, alors que Berlin les voulait Compromis
🚐 Flottes d’entreprise Y intégrer certains thermiques à faibles émissions dans le projet européen d’électrification des flottes Paris et Berlin
🔋 « Supercrédits » Bonus réglementaire réservé aux petites électriques abordables, étendu aux électriques plus grandes Paris et Berlin

Mise à jour du 20 octobre 2026 : la Turquie, où Renault assemble la Clio, conteste son exclusion et ses exportateurs annoncent des voitures 4 à 9 % plus chères. Précision : dans la proposition de la Commission (COM(2026) 100, annexe III), ces exigences « Made in Europe » ne visent que les voitures neuves électriques, hybrides rechargeables ou à hydrogène achetées ou aidées par l’argent public. Le détail : « Made in Europe » sans la Turquie, la Clio va-t-elle vraiment coûter plus cher ?

🚗 Et pour vous, au volant ?

  • Votre voiture actuelle : rien ne change. La règle de 2035 visait les ventes neuves, pas les voitures en circulation (Euronews).
  • Après 2035 : des essences, diesels et hybrides neufs pourraient encore être vendus, tant que la moyenne de chaque constructeur respecte la cible (tagesschau).
  • Les primes à l’achat : les aides publiques seraient en principe réservées aux voitures fabriquées dans l’UE, au Royaume-Uni et dans l’Espace économique européen (tagesschau). En France, le coup de pouce favorise déjà le fabriqué en Europe : voir les aides 2026.
  • Les petites électriques : leurs « supercrédits » (un bonus de calcul pour les constructeurs) seraient étendus aux plus grandes (AFP), donc moins exclusifs. Côté prix, voir les électriques à moins de 25 000 €.
  • Le prix des voitures : aucune source consultée ne chiffre d’effet. Méfiez-vous des titres qui promettent une baisse dès demain.

🗓️ Le calendrier, et ceux qui ne sont pas d’accord

Dans leurs conclusions du 15 octobre, les dirigeants européens demandent de boucler le paquet automobile d’ici la fin de l’année. Les eurodéputés votent le 23 novembre (Euronews) ; l’ACEA, lobby des constructeurs, espère une adoption début 2027, et le « Made in Europe » s’appliquerait dès 2028 (AFP).

Friedrich Merz salue sur X « un bon jour pour les automobilistes et pour l’emploi » (tagesschau). Transport & Environment Allemagne y voit une concession aux constructeurs : « Il est amer que les deux plus grandes économies de l’UE freinent ainsi le continent » (tagesschau, notre traduction). Neil Makaroff (Strategic Perspectives) salue le « Made in Europe » face au « choc chinois », mais craint que l’assouplissement du CO2 soit « une mesure contre-productive », voire « fatale » (AFP). Et à Berlin, la ministre sociale-démocrate de l’Environnement plaidait pour −95 % (Euronews). Côté Chine, voir aussi le quota de 350 000 hybrides et la part des marques chinoises en France.

🧭 Notre lecture

Un accord entre deux capitales, pas encore un texte européen. Mais il pèse lourd : Paris et ses alliés pouvaient bloquer au Conseil (tagesschau). Retenez deux choses : le thermique neuf ne disparaîtra sans doute pas d’un coup en 2035, et l’argent public ira de plus en plus aux voitures faites en Europe. Quant aux biocarburants invoqués, ils ont leurs limites : voir le bilan carbone de l’E85.

❓ FAQ

Les voitures thermiques neuves seront-elles interdites en 2035 ?

Avec la loi actuelle, de fait oui (−100 % à l’échappement). Avec la proposition de la Commission ou le compromis franco-allemand, non : une part de thermiques et d’hybrides resterait possible dans la moyenne de chaque constructeur. Rien n’est encore adopté.

Est-ce déjà décidé ?

Non. C’est la position de deux États. Il faut une majorité au Conseil de l’UE et un accord avec le Parlement européen, qui vote le 23 novembre.

Ma prime à l’achat va-t-elle changer ?

Pas aujourd’hui. Le « Made in Europe » s’appliquerait à partir de 2028. D’ici là, les règles françaises de notre guide des aides 2026 restent valables.

📚 Sources

Limites de cet article

La déclaration officielle ne donne aucun chiffre : les 90 %, 70 % et 80 % viennent de documents consultés par l’AFP et La Tribune. La Tribune précise que des éléments pouvaient encore évoluer. Les lectures divergent aussi : Politico évoque une marge supplémentaire de 10 % liée aux carburants alternatifs, que l’AFP, Euronews et tagesschau ne mentionnent pas. Nous retenons la version majoritaire jusqu’à publication d’un texte. Les 11 g/km et l’exemple 90/10 sont des calculs Oxycar d’ordre de grandeur : les cibles réelles dépendent de la masse des voitures de chaque constructeur. Citations allemandes et anglaises traduites par nos soins. Photos : illustrations (Zwickau 2022, Flins 2018). Aucun lien affilié.

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