Champ de betteraves sucrières en été au coucher du soleil, l’une des cultures utilisées pour produire le bioéthanol de l’E85

Bioéthanol E85 : d’où vient-il et quel est son vrai bilan carbone ?

Mis à jour le 14 octobre 2026 · guide evergreen GPL et bioéthanol · chiffres France sauf mention contraire · aucun lien affilié

L’essentiel

  • 🌾 D’où il vient : l’éthanol produit en France sort surtout du blé, du maïs et de la betterave. Mais la France en consomme plus qu’elle n’en produit, et importe le reste.
  • 🧮 Son bilan officiel : sur tout le cycle de vie, le bioéthanol incorporé en France en 2024 a émis 73 % de gaz à effet de serre de moins que l’essence fossile (données DGEC-CarbuRe relayées par la filière). L’E85 contenant aussi de l’essence, son gain tombe autour de −50 %.
  • 🚗 À l’échappement : l’E85 rejette toujours du CO₂, compté neutre car capté par les plantes.
  • ⚖️ Le bémol : ces calculs ignorent l’effet indirect sur l’usage des sols. En l’ajoutant avec les estimations européennes, le gain reste positif mais rétrécit, et des ONG comme T&E le jugent « faible, voire nul ».

−73 %

d’émissions pour le bioéthanol incorporé en France en 2024, vs essence fossile (cycle de vie)

DGEC-CarbuRe, via Bioéthanol France

≈ −50 %

pour un plein d’E85 (75 % d’éthanol en moyenne)

CarbuRe-DGEC 2024, via la Collective du bioéthanol

69 %

taux d’autosuffisance de la France en bioéthanol en 2024 : le reste est importé

FranceAgriMer, janvier 2026

L’E85 traîne une réputation de carburant « vert et pas cher ». Le « pas cher », on l’a chiffré dans notre guide du boîtier E85. Reste le « vert », plus glissant qu’un champ de betteraves après l’orage : d’où vient l’alcool de votre réservoir, et combien de CO₂ fait-il vraiment économiser, du tracteur au pot d’échappement ?

🌾 Du champ à la pompe : comment on fabrique l’éthanol de l’E85

Le ministère de la Transition écologique résume la recette (page Biocarburants) : en France, la betterave à sucre et les céréales (blé, maïs) sont les principales ressources, complétées par des résidus vinicoles (marcs de raisin, lies de vin). Les sucres sont fermentés en alcool, qui est ensuite distillé puis déshydraté. Les coproduits (drêches de céréales, pulpes de betterave) partent en alimentation animale, un détail qui comptera dans le débat sur les surfaces.

Côté volumes, FranceAgriMer (fiche filière, janvier 2026) indique que la France a produit environ 11 millions d’hectolitres de bioéthanol carburant en 2024, ce qui en fait le premier producteur de l’Union européenne. Trois industriels (Cristal Union, Tereos, Vertex Bioénergie) en assurent 85 %.

🌾 Avec quoi la France fabrique son bioéthanol carburant (production 2024)

Blé
43 %
Maïs
30 %
Betterave
24 %
3 %
Marcs et lies de raisin : 3 % (dernier segment). 98 % de ces matières premières viennent de cultures françaises. Source : FranceAgriMer, fiche filière bioéthanol, janvier 2026.

🌍 « Made in France » ? Oui, mais pas tout

Les matières premières de l’éthanol produit en France sont françaises à 98 %. Mais la consommation intérieure atteignait 15,6 millions d’hectolitres en 2024, pour 11 produits : le taux d’autosuffisance n’est que de 69 % (FranceAgriMer). Les importations d’alcool éthylique, tous usages confondus, arrivent surtout par la Belgique, l’Espagne et les Pays-Bas, mais l’éthanol qui transite par ces ports est « majoritairement produit en amont aux États-Unis et au Brésil », précise la même fiche.

Le chiffre souvent cité de 83 % de matières premières françaises (99,6 % européennes) date de 2019, même s’il figure toujours sur la page du ministère mise à jour le 23 septembre 2026. Pour 2024, Transport & Environment (T&E) avance que 48 % des bioessences consommées en France venaient de matières premières étrangères (note du 22/09/2026). Les périmètres diffèrent (éthanol pur d’un côté, toutes bioessences de l’autre), mais la tendance est claire : plus d’import.

💡 Et dans mon plein à moi ? La filière vante un E85 « issu de la filière agricole française », mais aucune donnée publique ne suit l’origine station par station. Et selon T&E, l’essor de l’E85 a surtout détourné de l’éthanol français qui allait au SP95-E10, sans hausse de production : des « vases communicants ».

🧮 Le bilan carbone, comment on le calcule

L’Europe impose une analyse de cycle de vie « du puits à la roue » : culture (engrais, carburant agricole, protoxyde d’azote des sols), transport, usine, distribution, puis combustion. Le résultat est comparé à un carburant fossile de référence fixé à 94 g CO₂e/MJ par la directive RED II (annexe V de la directive (UE) 2018/2001). Pour compter dans les objectifs, un biocarburant doit faire au moins 50 % de mieux, 60 % pour les usines mises en service entre fin 2015 et 2020, et 65 % pour celles démarrées depuis 2021 (article 29).

La directive publie des valeurs « typiques » et des valeurs « par défaut », plus prudentes, pour qui ne calcule pas les siennes. Elles sont européennes, pas françaises :

Filière éthanol (chaudière au gaz naturel) Gain typique Gain par défaut Avec CASI estimé*
🟢 Betterave (sans biogaz des vinasses) 67 % 59 % ≈ 53 %
🌽 Maïs 48 % 40 % ≈ 35 %
🌾 Autres céréales (blé…) 47 % 38 % ≈ 34 %
🎋 Canne à sucre 70 % 70 % ≈ 56 %
🇫🇷 Mix réel incorporé en France en 2024 73 % (CarbuRe) — ≈ 60 %

Sources : directive (UE) 2018/2001, annexes V (gains) et VIII (CASI) ; Bioéthanol France d’après DGEC-CarbuRe. *Calcul Oxycar : valeur typique + émissions indirectes moyennes de l’annexe VIII (12 g CO₂e/MJ pour les céréales, 13 g pour les sucres), comparées aux 94 g du fossile. Appliqué au mix entier, ce calcul pénalise un peu les résidus, comptés à zéro par la directive.

Pourquoi le mix français fait-il mieux ? Les usines déclarent leurs propres calculs, et le mix inclut des résidus très bien notés : en 2021, l’IFPEN relevait sur CarbuRe des marcs de raisin autour de 22 g CO₂e/MJ et de l’amidon résiduel… négatif.

⛽ Pourquoi l’E85 ne fait « que » −50 %

Parce qu’un litre d’E85 n’est pas un litre d’éthanol. Il en contient de 60 à 85 % selon la saison (voir notre guide E85 en hiver), 75 % en moyenne selon la filière. Or l’éthanol fournit 21 MJ par litre, contre 32 pour l’essence (annexe III de RED II) : dans un E85 moyen, il n’apporte qu’environ deux tiers de l’énergie. Deux tiers d’un gain de 73 %, cela donne autour de −48 %, cohérent avec les « −50 % » annoncés par la Collective du bioéthanol à partir des données CarbuRe 2024.

🚗 À l’échappement, l’E85 rejette toujours du CO₂

Petite vérité qui pique : au pot, une voiture à l’E85 rejette bel et bien du CO₂, car brûler de l’éthanol en produit comme brûler de l’essence. Si les bilans le comptent comme neutre, c’est que « le CO₂ dégagé lors de leur combustion est compensé par le CO₂ absorbé durant la croissance des végétaux » (ministère). L’ADEME l’écrivait déjà en 2010 : pour les biocarburants, ce sont l’étape agricole (engrais, protoxyde d’azote) et l’usine qui pèsent, pas la combustion (synthèse ADEME/BIO IS, 2010).

Le fisc suit la même logique : une voiture neuve équipée pour l’E85 a droit à un abattement de 40 % sur son CO₂ pour le malus, jusqu’à 250 g/km. Exemple officiel : 180 g/km deviennent 108 g, et le malus 2026 passe de 45 990 € à 50 € (Service-Public).

Et à l’échelle de toute la voiture ? L’IFPEN a fait le calcul en 2022 pour une compacte, fabrication et batterie comprises :

Une compacte sur tout son cycle de vie : combien de CO₂e par km ? IFPEN 2022 · cycle WLTC · 150 000 km · fabrication + batterie + carburant/électricité · mix électrique français Thermique essence fossileThermique essence fossile : 175,7 g CO2e/km175,7 gThermique E85Thermique E85 : 104,6 g CO2e/km104,6 gHybride (full hybrid) E85Hybride (full hybrid) E85 : 95,3 g CO2e/km95,3 gHybride rechargeable E85*Hybride rechargeable E85* : 87,0 g CO2e/km87,0 gÉlectrique 60 kWh (mix FR)Électrique 60 kWh (mix FR) : 87,4 g CO2e/km87,4 g * usage réel : 40 % des km en électrique, 60 % à l’E85. Hors changement d’affectation des sols indirect.
Lecture : une compacte thermique roulant à l’E85 émet environ 40 % de gaz à effet de serre en moins qu’à l’essence sur l’ensemble de sa vie, selon l’IFPEN. Étude commandée par la filière (SNPAA, AIBS, Intercéréales), hypothèse d’un éthanol 67 % moins émetteur que l’essence, sans CASI. Avec le mix électrique européen, plus carboné, l’hybride rechargeable E85 passe devant l’électrique dans cette étude.

À garder en tête : étude commandée par la filière, sans effets indirects sur les sols. Elle montre qu’un thermique E85 fait nettement mieux qu’à l’essence, et qu’un hybride rechargeable E85 bien rechargé rejoint l’électrique avec le courant français. Pour l’avis de l’ADEME sur l’électrique, voir notre résumé.

🌱 Le grand débat : surfaces, assiette et effets indirects

Combien de champs ? Le ministère parle d’environ 3 % de la surface française de céréales et de plantes sucrières. Rapporté à toute la surface agricole utile et coproduits déduits, FranceAgriMer calcule 0,77 % en 2024 (218 221 ha nets, 295 051 ha bruts). Même réalité, autre dénominateur.

Le changement d’affectation des sols indirect (CASI). Si un champ de blé nourrit des réservoirs, le blé pour l’assiette doit pousser ailleurs, parfois sur une forêt ou une prairie défrichée. Ce carbone-là « pourrait dégrader le bilan carbone global des biocarburants de première génération », reconnaît le ministère, d’où le plafond européen à 7 % de l’énergie des transports pour les biocarburants issus de cultures. Avec ses propres estimations mondiales du CASI, T&E conclut à un bénéfice « faible, voire nul selon la culture », tout en parlant d’« estimation haute dans le contexte français ». Avec les moyennes européennes de l’annexe VIII, notre tableau garde un gain d’un tiers à plus de la moitié.

Assiette contre réservoir. Pour T&E, la demande de biocarburants pousse les prix agricoles à la hausse, coproduits compris, et le maïs pèse sur l’eau : environ 213 000 ha irrigués par an en moyenne sur 2010-2024 (tous usages), contre 10 800 pour la betterave et 9 800 pour le blé tendre. La filière répond : ni palme ni soja, et des drêches et pulpes qui nourrissent le bétail.

Le rendement à l’hectare. Selon T&E, 1 000 ha de cultures font rouler environ 4 000 voitures thermiques, contre 400 000 voitures électriques sur la même surface en solaire. Un ordre de grandeur, pas un plan pour couvrir les champs de panneaux.

✅ Alors, l’E85 est-il vraiment plus vert ?

Oui, par rapport à l’essence : avec la méthode officielle, un plein d’E85 émet environ deux fois moins de gaz à effet de serre qu’un plein de SP95, et le gain baisse sans disparaître quand on ajoute les effets indirects. Mais ce n’est pas un carburant « zéro carbone », et sa marge de progression est bornée par le plafond européen, dont la France est déjà proche selon T&E. Il profite aussi d’une accise réduite (17,89 €/MWh contre 77,65 € pour le SP95-E5), soit environ 501 millions d’euros en 2024 selon la Cour des comptes citée par T&E, ONG qui demande la fin de cet avantage. Côté pratique :

❓ FAQ

L’E85 émet-il moins de CO₂ au pot d’échappement ?

Pas vraiment : la combustion rejette du CO₂, comme l’essence. Le gain vient des plantes, qui ont capté ce CO₂ en poussant, d’où le bilan « sur le cycle de vie ».

L’éthanol de l’E85 est-il français ?

Celui produit en France l’est à 98 % (blé, maïs, betterave, résidus de vigne). Mais la France n’est autosuffisante qu’à 69 % en 2024 et importe le reste. Aucune donnée publique ne donne l’origine de chaque plein.

Le bioéthanol prive-t-il des gens de nourriture ?

C’est débattu : moins de 1 % de la surface agricole française, coproduits déduits, mais un effet à la hausse sur les prix agricoles selon des études citées par T&E. D’où le plafond européen de 7 %.

E85 ou électrique, lequel est le plus propre ?

Dans l’étude IFPEN de 2022 (mix français, 150 000 km), l’électrique (87,4 g CO₂e/km) fait mieux qu’un thermique E85 (104,6 g) et fait jeu égal avec un hybride rechargeable E85 en usage réel (87,0 g). Le thermique essence est à 175,7 g.

Sources

Limites. Les valeurs de RED II sont européennes, pas françaises ; le 73 % de 2024 est un chiffre DGEC-CarbuRe relayé par la filière, non retrouvé sur une publication ministérielle détaillée. Le CASI n’a pas de valeur consensuelle : notre colonne « avec CASI » est un calcul indicatif à partir des moyennes de l’annexe VIII (fourchettes de 8 à 16 g pour les céréales, 4 à 17 g pour les sucres). L’étude IFPEN date de 2022 et a été financée par la filière ; la note T&E émane d’une ONG qui milite contre les biocarburants de cultures. Les parts d’origine (83 % en 2019, 48 % importés en 2024) ne portent pas sur le même périmètre.

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