Mis à jour le 18 octobre 2026 · Carburants et prix · chiffres officiels de la DGEC, cours du Brent publiés par l’EIA (États-Unis) et études de la Banque de France, de l’Insee et de l’Inspection des finances · aucun lien affilié
L’essentiel
- 🚀🪶 L’expression « fusée et plume » (rockets and feathers) vient du Royaume-Uni : les prix montent comme une fusée et redescendent comme une plume. Le soupçon est aussi vieux que les pompes à essence.
- 🧮 En pourcentage, la pompe bougera toujours moins que le baril : environ la moitié du prix est faite de taxes, dont une accise fixe par litre. Entre le 10 avril et le 3 juillet 2026, le Brent a perdu 45 %, le gazole 19,5 % seulement… mais 45 centimes par litre.
- 🏭 La pompe suit surtout le gazole et l’essence cotés à Rotterdam, pas le pétrole brut. En 2026, la marge de raffinage a explosé : c’est elle qui a gardé le litre cher quand le baril est redescendu.
- ⏳ Un délai existe bel et bien : il faut environ 3 à 4 semaines pour qu’une variation des cours passe entièrement à la pompe. Les travaux de la Banque de France ne trouvent pas d’asymétrie ; l’Insee (2002) et le Trésor (2012) en avaient trouvé une, surtout sur le gazole.
- ✅ Ce que vous pouvez faire : comparer les stations, faire des demi-pleins quand les cours baissent et ne pas stocker.
−45 %
le Brent, du 10 avril au 3 juillet 2026
De 126,45 à 70,00 dollars le baril en moyenne hebdomadaire (EIA, calcul Oxycar)
−19,5 %
le gazole à la pompe, sur la même période
De 2,314 à 1,863 € le litre : 45 centimes de baisse (DGEC, calcul Oxycar)
+16 c
le litre, par rapport à fin février
Le 3 juillet, le baril était revenu à son niveau d’avant la flambée, mais pas le gazole ni l’E10 (DGEC, calcul Oxycar)
Vous l’avez sûrement déjà vécu : le journal de 20 heures annonce que le pétrole dégringole, vous filez faire le plein le lendemain… et le totem de la station affiche à peu près le même prix que la semaine dernière. Alors que lorsque le baril grimpe, on a l’impression que les étiquettes changent avant même la fin du reportage. Les économistes ont un nom poétique pour ça : l’effet « fusée et plume ».
Ce dimanche 18 octobre vers 10 h 50, le gazole s’affiche à 2,365 € le litre et le SP95-E10 à 2,169 € (prix médians des stations de métropole, flux officiel prix-carburants, calcul Oxycar). Le sujet n’a donc rien de théorique. Nous avons repris les chiffres officiels de 2026, une année qui ressemble à des montagnes russes, et les études françaises sur le sujet. Verdict : le soupçon n’est pas absurde, mais l’essentiel de l’écart s’explique ailleurs qu’à la station.
🚀 D’où vient l’expression « fusée et plume » ?
Elle est née au Royaume-Uni à la fin des années 1980. Une enquête de la commission britannique de la concurrence (la Monopolies and Mergers Commission, rapport de 1990) soupçonnait les pétroliers de répercuter plus vite les hausses de coûts que les baisses. L’économiste Robert Bacon a repris l’image en titre d’un article publié en 1991 dans la revue Energy Economics : sur les prix britanniques de 1982 à 1989, il trouve des hausses plus rapides et plus concentrées que les baisses. Depuis, de nombreuses études ont testé l’idée, pays par pays, avec des résultats… pas toujours concordants, comme le rappelle la Banque de France.
📈 2026, un cas d’école en trois dates
Cette année offre une expérience grandeur nature. Fin février, le baril de Brent tourne autour de 72 dollars. Puis il s’envole au-delà de 126 dollars début avril, avant une redescente jusqu’à 70 dollars début juillet, et une nouvelle flambée cet automne. Voici ce qu’ont fait, pendant ce temps, les prix hors taxes relevés chaque vendredi par la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat).
| Semaine du… | Brent ($/baril) | Brent (c€/litre)* | Gazole HT → TTC | SP95-E10 HT → TTC |
|---|---|---|---|---|
| 27 février (avant la flambée) | 71,64 | 38,1 | 0,810 → 1,701 € | 0,753 → 1,708 € |
| 🚀 10 avril (sommet) | 126,45 | 68,1 | 1,321 → 2,314 € | 0,988 → 1,989 € |
| 🪶 3 juillet (creux) | 70,00 | 38,6 | 0,945 → 1,863 € | 0,891 → 1,873 € |
| 9 octobre (dernier relevé) | 128,53 | 72,3 | 1,333 → 2,328 € | 1,111 → 2,138 € |
Prix du vendredi, France métropolitaine : DGEC. Brent : moyenne des cours quotidiens du vendredi au jeudi (EIA, États-Unis), comme la DGEC, qui publie la même valeur de 128,53 $ pour la semaine du 9 octobre. *Conversion en centimes d’euro par litre avec le cours de l’euro publié par la BCE et 159 litres par baril : calcul Oxycar.
Lisons ce tableau dans l’ordre. Pendant la « fusée », de fin février à mi-avril, le baril prend 30 centimes par litre une fois converti en euros, et le gazole hors taxes… 51 centimes. Pendant la « plume », d’avril à juillet, le baril reperd 29,5 centimes, et le gazole hors taxes 37,6 centimes. Le gazole a donc baissé plus que le brut, en centimes. Mais le 3 juillet, alors que le baril était revenu pile à son niveau de fin février, le gazole restait 13,5 centimes plus cher hors taxes (16,2 avec la TVA), et l’E10 13,8 centimes (16,5 TTC). Ce reste à payer a quatre explications.
🧮 Raison n°1 : les taxes écrasent les pourcentages
Dans un litre de carburant, il y a le produit, son transport et sa distribution, puis deux taxes. L’accise (l’ex-TICPE) est un montant fixe par litre, qui ne bouge pas avec le pétrole, et la TVA à 20 % s’applique sur le tout. Le 9 octobre, les taxes pesaient 99,5 centimes dans un litre de gazole (42,7 % du prix) et 102,7 centimes dans un litre d’E10 (48 %) ; fin février, c’était plus de la moitié du prix (calcul Oxycar à partir des prix HT et TTC de la DGEC). Le détail centime par centime est dans notre article sur la composition du prix d’un litre.
Conséquence mécanique : quand le baril perd 45 %, le litre à la pompe ne peut pas perdre 45 %, puisque la moitié du prix ne bouge pas. Entre avril et juillet, le gazole a baissé de 19,5 % seulement… soit 45 centimes, c’est-à-dire 37,6 centimes hors taxes multipliés par la TVA. En centimes, la baisse a bien eu lieu. La Banque de France le chiffrait dès 2021 : une hausse de 1 % du gazole importé donne, à terme, +0,75 % sur le prix hors taxes et +0,3 % seulement sur le prix TTC. Moralité : comparez des centimes avec des centimes, jamais des pourcentages de baril avec des pourcentages de pompe.
🏭 Raison n°2 : la pompe suit Rotterdam, pas le baril
Votre station n’achète pas du pétrole brut, mais du gazole et de l’essence déjà raffinés, dont les prix de gros sont cotés à Rotterdam. Entre le brut et le carburant, il y a la raffinerie et sa marge. D’habitude, cette marge varie peu ; en 2026, elle a fait des bonds. La marge brute de raffinage calculée par la DGEC est passée de 6,5 dollars par baril en février à 24,7 en mars, puis à 36,7 en juillet et 38,1 en août, contre 8,7 en moyenne en 2025. Les 30 dollars d’écart entre février et juillet représentent environ 17 centimes par litre (calcul Oxycar, indicateur moyen sur un panier de produits). C’est presque exactement le « reste à payer » du 3 juillet.

La décomposition publiée par la DGEC pour la semaine du 9 octobre le confirme. Sur 1,333 € de gazole hors taxes, 1,060 € correspondent à la cotation internationale et 0,273 € au transport, à la distribution et à la marge des distributeurs ; en 2025, c’était en moyenne 0,52 € et 0,22 €. Pour l’E10, la part transport-distribution est restée stable (0,25 € en 2025 comme le 9 octobre). L’essentiel de la hausse vient donc d’amont. Quant au gazole, il souffre d’une pénurie mondiale que l’Agence internationale de l’énergie voit durer jusqu’en 2027 (voir notre article sur le rapport de l’AIE) : c’est aussi pour ça qu’il est devenu plus cher que l’essence.
💱 Raison n°3 : le pétrole se paie en dollars
Le baril est coté en dollars, mais vous payez en euros. Si l’euro faiblit, le pétrole coûte plus cher chez nous, même à cours inchangé. Exemple concret : la semaine du 10 avril et celle du 9 octobre, le Brent valait à peu près la même chose en dollars (126,45 contre 128,53). Mais l’euro est passé d’environ 1,17 dollar à 1,12 (BCE, DGEC) : converti en euros, le litre de brut est passé de 68,1 à 72,3 centimes (calcul Oxycar). Quatre centimes de plus sans que le pétrole ait vraiment bougé. Autre piège : le Brent « daté », physique, sur lequel s’appuie la DGEC, et le Brent à terme, souvent cité dans les médias, peuvent diverger. La semaine du 9 octobre, le premier valait 128,53 $ en moyenne, le second 101,53 $ (DGEC). De quoi entendre « le pétrole baisse » à la radio pendant que le carburant reste cher.
⏳ Raison n°4 : les cuves, les étiquettes et la prudence
Les stations ne changent pas leurs prix tous les jours. Selon la Banque de France (données quotidiennes depuis 2007), un prix reste en moyenne fixe environ 5 jours : 3 jours dans les stations les moins chères, 6 à 7 jours ouvrés dans les plus chères. Plus de la moitié d’une variation de coût passe à la pompe en une semaine, 90 % en 11 jours ouvrés, et la totalité en 20 jours ouvrés environ, soit 3 à 4 semaines. Pendant ce délai, la plume peut sembler bien lente.
La mission de l’Inspection générale des finances et du Conseil général de l’économie (novembre 2012) liste aussi les raisons possibles d’une vraie asymétrie : déstocker coûte plus cher que stocker pour les raffineurs ; un distributeur qui ignore si ses concurrents ont baissé attend de voir ; les clients, qui comparent peu, laissent faire ; et dans une tendance haussière, une baisse est vite prise pour un simple accident de parcours, qu’on attend de voir se confirmer avant de baisser l’étiquette.
🔍 Alors, asymétrie ou pas ? Ce que disent les études françaises
| Étude | Période étudiée | Ce qu’elle trouve |
|---|---|---|
| Insee, Économie et Statistique (2002) | Données françaises : super plombé, gazole, fioul | 🚀🪶 Asymétrie : une hausse du brut passe plus vite qu’une baisse, pendant « quelques mois ». Plus marquée au raffinage qu’à la distribution. |
| Trésor, pour l’IGF et le CGEIET (2012) | Prix des stations (prix-carburants.gouv.fr) | 🚀🪶 Gazole : 75 % d’une hausse répercutés en 7 à 12 jours, contre 11 à 44 jours pour une baisse. Pas d’asymétrie sur le SP95. |
| Banque de France (2012, publié en revue en 2015) | 2007-2009, 8,5 millions de prix quotidiens | ⚖️ Pas d’asymétrie significative ; transmission complète en 10 jours environ. |
| Banque de France (2021 et 2022) | 2007-2018, environ 10 000 stations | ⚖️ Réaction identique à la hausse et à la baisse ; transmission complète en 3 semaines environ. |
Sources : voir la liste en bas d’article. Les méthodes diffèrent (brut ou produit raffiné comme point de départ, prix moyens ou station par station), ce qui explique en partie les divergences.
🧭 Notre lecture
- La plume existe surtout dans les pourcentages : avec une accise fixe, la pompe baisse toujours moins vite en % que le baril. En centimes, la baisse d’avril à juillet 2026 a bien eu lieu.
- Le vrai coupable de 2026 est en amont : la marge de raffinage, multipliée par cinq ou six, explique l’essentiel des 16 centimes restés sur la table en juillet. La part transport-distribution de l’E10, elle, n’a pas bougé.
- Le gazole mérite qu’on garde l’œil ouvert : sa part transport-distribution est plus haute qu’en 2025 (27,3 contre 22 centimes), et c’est sur lui que le Trésor avait trouvé une asymétrie en 2012. Elle couvre aussi des coûts (logistique, biocarburants, certificats d’économies d’énergie), donc ce n’est pas une preuve de profit, mais c’est le chiffre à suivre quand la remise des stocks stratégiques arrivera le 1er novembre.
✅ Ce que vous pouvez faire, concrètement
- 🔎 Comparer sur le site officiel prix-carburants.gouv.fr : les stations les moins chères changent leurs prix environ deux fois plus souvent que les plus chères (Banque de France), et l’écart sur le gazole est allé jusqu’à 45 centimes dans une même ville lors de notre relevé du 13 octobre. Nos astuces sont dans payer son plein moins cher.
- ⛽ Faire des demi-pleins quand les cours baissent, et le plein quand ils montent : si la baisse met 3 à 4 semaines à arriver, autant ne pas remplir le réservoir au début de la descente. C’est notre conseil, pas une loi physique.
- 🚫 Ne pas stocker : remplir des bidons « avant la hausse » est encadré et risqué (voir les règles du jerrican).
- 📅 Surveiller le 1er novembre : la vente à prix coûtant des stocks stratégiques de gazole doit faire baisser le litre ; ce que Matignon a décidé est dans notre compte rendu.
- 🦶 Agir sur ce qui ne dépend que de vous : rouler à 110 au lieu de 130 fait baisser la facture plus sûrement que d’attendre la plume.
❓ FAQ
Pourquoi le prix à la pompe baisse-t-il moins que le baril ?
D’abord parce qu’environ la moitié du prix est faite de taxes, dont une accise fixe par litre : en pourcentage, la pompe bouge forcément moins. Ensuite parce que la pompe suit les prix du gazole et de l’essence raffinés à Rotterdam, qui ne baissent pas toujours au même rythme que le brut, et parce que l’euro face au dollar compte aussi.
Combien de temps faut-il pour qu’une baisse arrive à la pompe ?
Selon la Banque de France, plus de la moitié d’une variation passe en une semaine et la totalité en 3 à 4 semaines environ (20 jours ouvrés). Une étude du Trésor de 2012 trouvait des délais plus longs pour les baisses du gazole : 11 à 44 jours pour en répercuter 75 %.
Les stations-service s’en mettent-elles plein les poches ?
Les données ne vont pas dans ce sens en 2026 : la part du prix liée au transport et à la distribution de l’E10 est la même qu’en 2025, et celle du gazole a pris environ 5 centimes, alors que la cotation du gazole a doublé. Cette part couvre aussi des coûts réels (logistique, biocarburants, certificats d’économies d’énergie).
Le « Brent » cité à la radio est-il celui qui compte ?
Pas forcément. Les médias citent souvent le Brent à terme (101,53 $ en moyenne la semaine du 9 octobre), alors que la DGEC suit le Brent physique « daté » (128,53 $ la même semaine). Et pour la pompe, c’est surtout la cotation du produit raffiné qui compte.
Sources
- DGEC (ministère de la Transition écologique), « Prix des produits pétroliers » : fichier « Prix HTT et TTC depuis janvier 2020 » (prix hebdomadaires du vendredi, consulté le 18/10/2026), historiques mensuels du Brent et de la marge brute de raffinage sur Brent, et note hebdomadaire « Cours, prix et marges des produits pétroliers » du 9 octobre 2026 (PDF) : Brent daté 128,53 $, euro 1,121 $, Brent ICE 101,53 $, décomposition du prix hors taxes.
- U.S. Energy Information Administration (États-Unis), Europe Brent Spot Price FOB, série quotidienne (jusqu’au 14/10/2026).
- Banque centrale européenne, taux de change de référence euro-dollar, via Frankfurter.
- Ministère de l’Économie, flux instantané des prix des carburants, téléchargé le 18/10/2026 vers 10 h 50 (prix médians des stations de métropole mis à jour depuis moins de 3 jours : gazole 5 616 stations, E10 4 504).
- Banque de France, E. Gautier, M. Marx, P. Vertier, « Quelle transmission des prix du pétrole aux prix des carburants ? », billet n° 233, 14/10/2021 ; « Comment les prix à la pompe réagissent-ils à un choc sur le prix du pétrole ? », document de travail n° 861, 12/12/2022.
- E. Gautier, R. Le Saout, « The Dynamics of Gasoline Prices: Evidence from Daily French Micro Data », Banque de France, document de travail n° 375 (2012), publié dans le Journal of Money, Credit and Banking (2015).
- IGF et CGEIET, « Les prix, les marges et la consommation des carburants », novembre 2012 (note de synthèse et annexe VI sur les asymétries, étude de la DG Trésor).
- C. Audenis, P. Biscourp, N. Riedinger, « Le prix des carburants est plus sensible à une hausse qu’à une baisse du brut », Économie et Statistique n° 359-360, Insee, 2002.
- R. W. Bacon, « Rockets and feathers: the asymmetric speed of adjustment of UK retail gasoline prices to cost changes », Energy Economics, vol. 13 (3), juillet 1991.
- Photo à la une : Zandcee, « BP raffinaderij Rotterdam », Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 (2014, recadrée). Photo intérieure : Abdoucondorcet, « Garage, 62 chemin de Nicol (Toulouse) – pompes à essence », Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 (2023, recadrée, plaque floutée).
Limites de cet article
Nos chiffres 2026 sont des moyennes nationales hebdomadaires : ils montrent des ordres de grandeur, pas un test statistique d’asymétrie. Nous n’avions pas accès aux cotations quotidiennes de Rotterdam, d’où l’usage de la marge de raffinage mensuelle de la DGEC, qui porte sur un panier de produits et non sur le seul gazole. La conversion du Brent en centimes par litre est un calcul Oxycar (cours BCE de fin de semaine, 159 litres par baril). Les prix DGEC du 16 octobre n’étaient pas encore publiés ce dimanche. Les études citées portent sur des périodes anciennes (jusqu’en 2018 au plus tard) et ne disent rien de certain sur le comportement des distributeurs en 2026.
