Mis à jour le 15 octobre 2026 · décision du Conseil de direction de l’AIE du 15/10 (accélération des ~100 Mb restants, >20 Mb de gazole) · rapport mensuel de l’AIE du 14 octobre · flux officiel des prix du 15/10 · aucun lien affilié
L’essentiel
- L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévient, dans son rapport du 14 octobre, que le marché mondial du gazole restera tendu une bonne partie de 2027, avec des stocks qui ne seraient pas reconstitués avant le second semestre 2027.
- En Europe, le prix de gros du gazole « pourrait de nouveau augmenter dans les prochaines semaines », à cause de la flambée du fret maritime.
- La France est exposée : elle importe plus de la moitié du gazole qu’elle consomme, et le gazole représente 67 % des carburants routiers vendus (Ufip Énergies et Mobilités, chiffres 2025).
- À la pompe ce jeudi, le gazole est à 2,354 € en moyenne, quasi stable depuis mardi. La baisse promise au 1er novembre reste un pont de trois mois, jusqu’à fin janvier.
- Aujourd’hui même, le conseil de direction de l’AIE se réunit pour fixer le rythme des déstockages d’urgence. Nous mettrons cet article à jour s’il en sort une décision.
Le gazole a un nouveau rendez-vous dans l’agenda, et ce n’est pas la Toussaint : c’est 2027. Mercredi, l’AIE, le « gendarme de l’énergie » basé à Paris, a publié son rapport mensuel. Verdict : même avec des raffineries qui repartent, l’offre ne suivra pas la demande cet hiver. Décryptage.
−60 %
d’exportations de gazole
depuis le Moyen-Orient et la Russie en septembre, sur un an (AIE)
2027
pas avant le 2d semestre
pour reconstituer les stocks de gazole perdus, selon l’AIE
2,354 €
le litre de gazole
moyenne du flux officiel ce jeudi matin (calcul Oxycar)
📉 Ce que dit l’AIE : moins de gazole, et des stocks à sec
Selon l’agence, il a fallu puiser dans les stocks de gazole au moment où ils remontent d’habitude, juste avant l’entretien des raffineries et le pic de demande de l’hiver (AIE). Deux causes : la guerre au Moyen-Orient, dont les exportations de produits raffinés restent sous la moitié de leur niveau d’avant-guerre (alors que le brut revient), et les raffineries russes, endommagées par des drones ukrainiens. Résultat : les exportations nettes de gazole du Moyen-Orient et de la Russie sont tombées à 820 000 barils par jour en septembre, plus de 60 % de moins qu’un an plus tôt (AIE).
| Indicateur (monde, sauf mention) | Chiffre AIE | Période |
|---|---|---|
| Production mondiale de gazole | 26,4 puis 27,2 Mb/j, soit −1,5 et −1,7 Mb/j sur un an | 2e et 3e trimestres 2026 |
| Exportations de gazole (voie maritime) | 4,7 Mb/j, environ −700 000 b/j sur un an | septembre 2026 |
| Exportations nettes Moyen-Orient + Russie | 820 000 b/j, −1,3 Mb/j (plus de −60 %) | septembre 2026 |
| Stocks de gazole de l’OCDE | 565 M de barils, −5 % par rapport à l’avant-crise | juillet 2026 |
| Stocks pétroliers mondiaux observés | 509 M de barils sous leur niveau de fin février | fin septembre 2026 |
| Marge de raffinage du gazole (Europe) | de 100 $ à près de 60 $ par baril | septembre → début octobre |
L’AIE prévoit un retour à l’excédent au premier trimestre 2027, insuffisant pour effacer le déficit de 2026 : le marché resterait tendu au premier semestre et se détendrait au second (Reuters). Reconstituer les stocks perdus est jugé « peu probable avant le second semestre 2027 » (AIE).
💸 Pourquoi les prix restent si hauts
En septembre, le gazole de gros a battu des records, autour de 220 dollars le baril en Europe. Il a reculé depuis, mais reste « près du double du prix du brut et de [son] niveau d’avant-crise », écrit l’AIE (rapport d’octobre).
Et l’Europe n’est pas tirée d’affaire : « Alors que les tensions sur le marché du fret de brut se sont étendues à d’autres catégories de navires, les prix du diesel rendu dans les grands marchés importateurs de gasoil — l’Europe, l’Afrique et l’Amérique latine — pourraient de nouveau augmenter dans les prochaines semaines » (Euronews, traduction du rapport).
Et le coup de pouce russe ? Il ne devrait pas changer « sensiblement » l’équilibre, faute de raffineries russes en état de marche, juge l’AIE (notre article sur le diesel russe).
🇫🇷 Pourquoi la France est en première ligne
La France fait partie de ces importateurs : en 2025, elle a acheté à l’étranger plus de la moitié du gazole qu’elle consomme, selon l’Ufip Énergies et Mobilités, qui représente les pétroliers. Et le gazole pèse encore 67 % des carburants routiers vendus, soit l’essentiel des quelque 111 millions de litres distribués chaque jour par 10 764 stations (Ufip EM). D’où un gazole plus cher que l’essence (notre explication) et plus cher que la moyenne européenne (les prix en Europe).
⛽ À la pompe ce jeudi : stable, mais haut
Dans le flux officiel (open data prix-carburants), le gazole s’affiche ce jeudi matin à 2,354 € le litre en moyenne (prix de moins de 7 jours, calcul Oxycar), contre 2,351 € mardi : 2,442 € sur autoroute, 2,349 € ailleurs. Une station sur cinq (21,8 %) est à 2,25 € ou moins, le plafond de TotalEnergies.
| Carburant | Mardi 13/10 (moyenne) | Jeudi 15/10 (moyenne) | Stations |
|---|---|---|---|
| Gazole | 2,351 € | 2,354 € | 7 364 |
| SP95-E10 | 2,161 € | 2,167 € | 5 977 |
| SP98 | — | 2,269 € | 5 521 |
| E85 | — | 0,921 € | 2 482 |
| GPLc | — | 1,058 € | 922 |
Côté ruptures, rien ne se dégrade : 1 364 stations sur 9 815 (13,9 %) déclarent un carburant manquant, contre 1 391 mercredi, et 4,5 % seulement de celles qui vendent du gazole en sont privées (même méthode qu’hier).
🧮 Et la baisse du 1er novembre, alors ?
Rappel : dès le 28 octobre et pendant trois mois, la Sagess vend aux distributeurs, à prix coûtant, 10 millions de barils de gazole des stocks stratégiques. Baisse promise : « jusqu’à 18 centimes » par litre au 1er novembre, environ 10 centimes chez TotalEnergies (ce que Matignon a décidé ; les 10 millions de barils).
🔎 Notre lecture
La remise vient de l’écart entre un gazole acheté avant la guerre (0,28 € le litre) et le marché (environ 1,10 €, selon Matignon). Paradoxe : tant que le marché reste tendu, l’écart, donc la remise, reste large. Mais elle s’applique à un prix de départ qui peut remonter, et s’arrête fin janvier, quand l’AIE voit encore un marché tendu. Un pont, pas la fin du tunnel. Personne ne chiffre le prix de février : nous non plus.
🏛️ Aujourd’hui : l’AIE décide de la suite des déstockages
Le conseil de direction de l’AIE se réunit ce jeudi pour fixer le rythme des déstockages d’urgence, voire de nouveaux volumes (Reuters). Sur les 426 millions de barils promis depuis mars, 331 millions avaient été libérés fin septembre, dont 46 millions encore attendus de l’Europe (Reuters ; 326 millions selon un document interne cité par Euronews). Le 2 octobre, le G7 a promis d’accélérer, gazole en priorité ; ces 100 millions de barils couvriraient toutefois des volumes déjà dus, selon Euronews.
Pas de panique : aucune de ces sources ne parle de pénurie généralisée en France. L’AIE parle de prix, de stocks et de délais, et ses « turbulences » possibles dépendent surtout du conflit au Moyen-Orient.
✅ Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Comparer avant de remplir : 9 centimes d’écart en moyenne entre l’autoroute et le reste du réseau ce matin (nos astuces).
- Lever le pied : rouler à 110 au lieu de 130 km/h sur autoroute fait économiser des litres à chaque trajet (le calcul).
- Ne pas jouer à l’écureuil : les bidons sont encadrés (la loi).
- Garder un œil sur novembre : la remise doit apparaître en station et sur les factures ; vérifiez votre ticket.
Nous suivrons la décision de l’AIE et les prix de novembre. Revenez aussi demain.
Mise à jour du 15 octobre 2026 — Conseil de direction de l’AIE
Communiqué IEA du 15 octobre 2026 (Governing Board statement) : les marchés restent tendus, surtout le gazole. Environ 330 Mb déjà libérés au titre de l’action collective de mars ; les membres s’engagent à achever les ~100 Mb restants, en accélérant, avec des plans incluant plus de 20 Mb de gazole « dès que possible ». Le total libéré pourra dépasser les 400 Mb initialement promis. Pas de nouveau volume additionnel chiffré au-delà de cette accélération. Source : iea.org/news, 15/10/2026.
FAQ
Pourquoi l’AIE annonce-t-elle un gazole tendu jusqu’en 2027 ?
Parce que l’offre a chuté (environ −1,7 million de barils par jour au 3e trimestre 2026 sur un an) avec la guerre au Moyen-Orient et les dégâts sur les raffineries russes, et que les stocks ont été entamés avant l’hiver. Selon l’AIE, ils ne seraient pas reconstitués avant le second semestre 2027.
Y aura-t-il une pénurie de gazole en France ?
Le rapport de l’AIE parle de marché tendu et de prix élevés, pas de pénurie en France. Ce 15 octobre, 4,5 % des stations qui vendent du gazole le déclarent en rupture, selon notre calcul sur le flux officiel.
La baisse du 1er novembre est-elle toujours prévue ?
Oui. Le gouvernement maintient la vente des stocks de la Sagess dès le 28 octobre, pour une baisse visée « jusqu’à 18 centimes » au 1er novembre, pendant trois mois. Le prix final dépendra aussi du marché, que l’AIE voit tendu.
Combien coûte le gazole aujourd’hui ?
2,354 € le litre en moyenne ce jeudi 15 octobre 2026 au matin (2,442 € sur autoroute), d’après notre calcul sur le flux officiel des prix des carburants.
Sources
- AIE, Oil Market Report d’octobre 2026 (publié le 14/10/2026) : faits saillants et chapitre gazole (production, exportations, Moyen-Orient + Russie, stocks OCDE et mondiaux, marges européennes, prix records, G7 du 2/10, reconstitution des stocks « pas avant » le second semestre 2027, assouplissement russe).
- Reuters via Investing.com (14/10/2026) : marché tendu au premier semestre 2027 et détente au second, réunion du conseil de l’AIE jeudi, 400 et 426 millions de barils, 331 millions libérés fin septembre, 46 millions restant pour l’Europe.
- Euronews (14/10/2026, Quirino Mealha) : traduction de la citation sur l’Europe, document interne (326 millions de barils, G7 non additionnel). Voir aussi CNBC (14/10/2026).
- Ufip Énergies et Mobilités, « Approvisionnement de la France en énergies liquides en 2025 » (02/06/2026) : plus de la moitié du gazole importé, 47,5 Mm³ de carburants routiers dont 67 % de gazole, 10 764 stations, 111 millions de litres par jour.
- Flux officiel des prix et ruptures des carburants (prix-carburants.gouv.fr, open data, Licence Ouverte) : fichiers « instantané » et « instantané ruptures » téléchargés le 15/10/2026 à 4 h 41 (dernier prix mis à jour à 2 h 54). Calculs Oxycar : moyennes simples des prix de moins de 7 jours ; ruptures temporaires de moins de 30 jours.
- Remise du 1er novembre (0,28 € et 1,10 €, 18 centimes, trois mois) : AFP, Le Figaro et TF1 Info, cités dans notre compte rendu du 13 octobre ; moyennes du 13/10 issues du même article.
Limites. Les chiffres de l’AIE sont mondiaux ou OCDE, pas français, et ses horizons (2027) sont des prévisions qui dépendent du conflit au Moyen-Orient. Les prix de gros sont en dollars par baril, hors taxes et hors coûts de transport : ils ne se convertissent pas directement en prix à la pompe. Nos moyennes sont des moyennes simples par station, non pondérées par les volumes vendus. Les volumes de déstockage diffèrent selon les sources (331 millions de barils pour Reuters, 326 millions pour Euronews). Photo d’illustration : raffinerie de Donges (Loire-Atlantique) en 2015 (Ph. Saget, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, recadrée).
