Raffinerie de Ruwais aux Émirats arabes unis au coucher du soleil, avec ses colonnes de distillation, ses cheminées et un réseau de tuyauteries au premier plan

Macron dans le Golfe pour le carburant : ce que ça peut changer à la pompe

Mis à jour le 20 octobre 2026 à 8 h 46 · tournée du 19 au 21 octobre, bilan à mi-parcours · flux officiel des carburants du 20/10 · aucun lien affilié

L’essentiel

  • 🛫 Le but affiché : des « engagements » sur des volumes de « diesel et pétrole », avec les patrons de TotalEnergies et d’Engie dans l’avion (Élysée, via l’AFP).
  • 📋 À mi-parcours : aucun volume chiffré rendu public, ni au Koweït ni aux Émirats. Seule piste concrète : des stocks de kérosène et de gazole entreposés à Oman, pour La Réunion et Mayotte.
  • 🛢️ Les quatre pays visités ont fourni environ 6 % du gazole importé par la France en 2025. Le premier fournisseur, l’Arabie saoudite (33 %), n’est pas au programme.
  • 💶 Le prix : un baril du Golfe se paie au cours mondial (Brent à 109,55 $ lundi). Un accord peut sécuriser des livraisons, pas garantir une baisse à la pompe.
  • ⛽ Ce matin : gazole à 2,363 €/L, 15,2 % des stations avec une pompe en rupture (18,2 % lundi). Les dates qui comptent restent françaises : 27 octobre (aide de 100 €) et 1er novembre (baisse promise).

≈ 6 %

du gazole importé venait des 4 pays visités

Koweït, Émirats, Qatar, Bahreïn : 0,87 Mt sur 13,6 Mt en 2025 (Eurostat, via Fuel Origin)

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volume de carburant chiffré annoncé

Après les étapes du Koweït et des Émirats, au 20/10 à 8 h 45

2,363 €

le litre de gazole ce mardi

Moyenne de 6 971 stations, prix de moins de 7 jours (flux officiel du 20/10, calcul Oxycar)

Le président de la République est parti faire le plein… de promesses. Du 19 au 21 octobre, Emmanuel Macron enchaîne le Koweït, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Qatar, avec un objectif annoncé noir sur blanc : trouver du gazole et du pétrole en plus pour la France. Deux étapes sur quatre sont passées. Voici ce qui a vraiment été obtenu, pourquoi le Golfe compte (moins qu’on le croit) pour votre diesel, et ce qu’un accord peut changer au prochain ticket de caisse.

🛫 Ce que l’Élysée est allé chercher

En annonçant la tournée, le 14 octobre, un conseiller présidentiel a fixé la barre : « L’objectif est d’avoir des volumes supplémentaires et plus d’approvisionnements pour les Français avec de façon indirecte un effet sur les prix », d’où des « engagements » concrets attendus des pays hôtes (AFP). Au menu aussi : « sécuriser » les routes maritimes et trouver des « voies alternatives et de contournement pour les hydrocarbures liquides ». Le mot « indirecte » mérite qu’on s’y arrête : l’Élysée lui-même ne promet pas de baisse mécanique.

Patrick Pouyanné (TotalEnergies) et Catherine MacGregor (Engie) sont du voyage, tout comme, selon le quotidien émirati The National, les ministres Roland Lescure (Économie), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères) et Catherine Vautrin (Armées). Une source de l’Élysée y résume l’enjeu : « sécuriser et diversifier nos approvisionnements énergétiques et leurs routes de transport », afin de « limiter l’impact de la crise énergétique sur le quotidien des Français » (traduction Oxycar).

📋 Bilan d’étape : ce qui est sorti du Koweït et d’Abou Dhabi

Étape Ce qui a été annoncé Volumes de carburant
🇰🇼 Koweït
lun. 19/10
Accords sur la défense, l’IA, la santé, et un partenariat Airbus avec le fonds souverain koweïtien pour la flotte de Kuwait Airways. Côté énergie : discussions sur des stocks de kérosène et de gazole « prépositionnés » à Oman, près du détroit d’Ormuz, pour La Réunion et Mayotte (AFP). Aucun chiffre publié. Selon le décompte de L’Appel, aucun des huit textes signés ne porte sur des volumes de pétrole ou de produits raffinés.
🇦🇪 Émirats
lun. 19/10
Communiqué de la présidence émiratie : coopération dans « l’économie, l’investissement, l’énergie, les technologies avancées, l’intelligence artificielle », et échanges sur la sécurité maritime et les « approvisionnements énergétiques mondiaux ». Aucun chiffre publié.
🇧🇭 Bahreïn mar. 20/10 (10 h)
🇶🇦 Qatar mar. après-midi et mer. 21/10 matin
Agenda officiel de l’Élysée. Programme annoncé : échanges économiques et de défense ; visite d’État au Qatar. À suivre. Nous mettrons cet article à jour si un engagement chiffré est annoncé.

Point arrêté au mardi 20 octobre vers 8 h 45 (Paris). Traductions de l’anglais : Oxycar.

Les spécialistes ne s’attendaient pas à un miracle. « Les pays arabes du Golfe sont très désireux d’approvisionner le monde, le marché français, mais il leur est difficile de prendre des engagements fermes tant que la région ne sera pas stabilisée », prévient Francis Perrin, de l’Iris, qui n’anticipe pas d’effet du voyage sur les prix (AFP). Plus piquant, Thierry Bros (Sciences Po) rappelle que « pour acheter, il faut un carnet de chèques ».

🛢️ Pourquoi le Golfe compte pour votre diesel (un peu moins qu’on ne le croit)

La France n’a pas assez de raffineries pour son gazole : en 2025, elle a importé plus de la moitié de ce qu’elle consomme, et le gazole représente encore 67 % des carburants routiers vendus (Ufip Énergies et Mobilités). Le gazole importé arrive d’abord du Golfe… mais surtout d’un pays qui n’est pas sur la liste.

D’où venait le gazole importé par la France en 2025 ?Part des 13,6 millions de tonnes de gazole routier importées, par dernier pays de provenance (5 premiers fournisseurs et les 4 pays de la tournée).En orange : les quatre pays visités par Emmanuel Macron, environ 6 % à eux quatre.Arabie saoudite4,42 Mt · absente de la tournée33 %États-Unis2,44 Mt18 %Belgique1,07 Mt8 %Pays-Bas0,97 Mt7 %Inde0,91 Mt7 %Koweït0,44 Mt · étape du 19/103 %Émirats arabes unis0,38 Mt · étape du 19/103 %Qatar0,05 Mt · étape à venir0,3 %Bahreïnaucune importation listée0 %« Dernier pays de provenance » : un cargo raffiné ailleurs mais expédié depuis Rotterdam compte pour les Pays-Bas.Source : Fuel Origin, calculs sur les données mensuelles Eurostat (importations par pays partenaire), mis à jour le 19/10/2026. Graphique : Oxycar.

Selon les données Eurostat compilées par Fuel Origin, l’Arabie saoudite a expédié un tiers du gazole routier importé en 2025. Les quatre pays de la tournée pèsent environ 6 % à eux quatre. Interrogé sur l’absence de Riyad, l’Élysée a seulement évoqué des « contacts permanents » entre les deux pays (AFP). Le Koweït a une autre spécialité : il fournissait 44 % du kérosène importé en 2025. Bonne nouvelle pour les avions, moins pour votre break diesel.

Le marché, lui, n’a pas attendu la diplomatie : sur janvier-juillet 2026, les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de produits raffinés de la France (22 %, même source). Et le vrai verrou s’appelle Ormuz. Selon l’agence américaine de l’énergie (EIA), citée par l’AFP, il est passé par ce détroit 4,9 millions de barils de brut et de produits pétroliers par jour au deuxième trimestre 2026, contre 21,6 millions fin 2025. Selon L’Appel, Koweït, Bahreïn et Qatar n’ont aucune voie d’exportation qui contourne Ormuz ; les Émirats disposent d’un oléoduc vers Fujaïrah, sur le golfe d’Oman, d’une capacité de 1,5 million de barils par jour. Un contrat signé au palais ne fait pas passer un pétrolier dans un détroit fermé.

💶 Un accord peut-il faire baisser le prix à la pompe ?

✅ Possible : des volumes

Des barils réservés pour la France, à commencer par l’outre-mer de l’océan Indien. Moins de risque de manquer, donc à terme moins de pompes vides.

⏳ Lent : les délais

Il faut charger, contourner les zones à risque, naviguer jusqu’en Europe, puis passer par les dépôts. Rien de ce qui se signe cette semaine n’arrive dans votre réservoir cette semaine.

❌ Pas garanti : le prix

Le baril koweïtien ou émirien se paie au prix du marché mondial. Seule une hausse de l’offre mondiale ou une baisse du risque fait reculer ce cours.

Lundi soir, le Brent de la mer du Nord a terminé à 109,55 $ le baril (−0,28 %), le marché restant inquiet des attaques autour d’Ormuz (Le Figaro avec AFP). Même l’accord américano-russe sur le gazole porte sur des volumes jugés « modestes » par l’analyste Gregory Brew (Eurasia Group), qui ne devraient pas influencer les prix dans l’Union européenne (notre article sur le diesel russe). Et même quand le baril recule, la pompe suit avec retard : c’est l’effet « fusée et plume ». L’Agence internationale de l’énergie, elle, voit le gazole tendu jusqu’en 2027.

Ce qui fera vraiment bouger votre ticket à court terme a déjà été décidé à Paris : le 7 octobre, Bercy a annoncé la mise sur le marché de 10 millions de barils de gazole des stocks stratégiques, pour une baisse attendue de 12 à 18 centimes par litre pendant trois mois (AFP). Les ventes de la Sagess aux distributeurs commencent le 28 octobre, la baisse est promise au 1er novembre (ce que Matignon a décidé).

⛽ Ce mardi matin à la pompe

Indicateur (flux officiel) Lundi 19/10, 4 h 40 Mardi 20/10, 8 h 30
Stations avec au moins un carburant en rupture 1 786 sur 9 806 (18,2 %) 1 492 sur 9 814 (15,2 %)
Stations complètement à sec 554 403
Stations qui vendent du gazole et n’en ont plus 8,1 % 5,9 %
Idem pour le SP95-E10 / le SP98 13,9 % / 16,6 % 8,5 % / 13,0 %
Gazole, prix moyen (prix de moins de 7 jours) 2,368 €/L 2,363 €/L (2,442 € sur autoroute)

Calculs Oxycar : ruptures temporaires déclarées depuis moins de 30 jours ; prix du fichier instantané de 7 h 40. Les deux relevés ne sont pas à la même heure, la comparaison est indicative.

Ça va un peu mieux qu’hier, sans plus. Le Bas-Rhin reste le plus touché (52 stations sur 149 en rupture, 34,9 %), devant le Haut-Rhin (29,8 %). Le détail par carburant et par département, et les raisons de ces ruptures, sont dans notre suivi de la pénurie de carburant. Ce qui se signe dans le Golfe ne changera pas ces chiffres cette semaine : les ruptures tiennent aussi à la logistique et aux prix plafonnés de certaines enseignes.

🗓️ Les dates à retenir

  • Mer. 21/10 : fin de la tournée au Qatar, le matin selon l’agenda de l’Élysée. Si un engagement chiffré tombe, nous l’ajouterons ici, avec sa source.
  • Mar. 27/10 : ouverture des demandes de l’aide « grands rouleurs » de 100 € pour les nouveaux bénéficiaires, versée 10 jours après (Service-Public). Les anciens bénéficiaires la reçoivent automatiquement depuis le 16/10 (qui y a droit).
  • Mer. 28/10 : premières ventes de gazole des stocks stratégiques aux distributeurs.
  • Dim. 1/11 : baisse du gazole promise « jusqu’à 18 centimes », une estimation et non un prix garanti (le calcul).

❓ FAQ

Le voyage de Macron dans le Golfe va-t-il faire baisser le prix du gazole ?

Personne ne peut le promettre. L’Élysée parle lui-même d’un effet « indirect » sur les prix. Les volumes achetés dans le Golfe se paient au cours mondial, et aucun engagement chiffré n’avait été annoncé au matin du 20 octobre.

Pourquoi l’Arabie saoudite n’est-elle pas au programme ?

L’Élysée n’a pas donné de raison, évoquant seulement des « contacts permanents » et la visite du prince héritier à Paris en août. C’est pourtant le premier fournisseur de gazole de la France (33 % des importations en 2025).

📚 Sources

Limites

Article rédigé le mardi 20 octobre au matin, à mi-parcours de la tournée : les étapes de Bahreïn et du Qatar peuvent changer le bilan. Les parts d’importation sont comptées par « dernier pays de provenance » (un cargo transitant par un port européen est attribué à ce pays) et portent sur 2025 ; elles ont bougé depuis la guerre. Le décompte des textes signés au Koweït vient de L’Appel, sans liste officielle publiée. Les chiffres de ruptures sont déclarés par les stations elles-mêmes, et nos deux relevés ne sont pas à la même heure.

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