Mis à jour le 14 octobre 2026 · livraisons CPDP (Ufip Énergies et Mobilités) mars et septembre 2026 · France uniquement · aucun lien affilié
L’essentiel
- Mars 2026 : livraisons de carburants routiers à 3,865 millions de m³ (+1,1 % vs mars 2025, CPDP / Ufip EM) — portées par l’essence (+8,6 %), alors que le gazole recule de 2,2 %.
- Les 2 et 3 mars, plus de 6 millions de paiements CB en stations (environ deux fois un jour de semaine ordinaire, Insee) — une « ruée anticipative » avant la hausse à la pompe.
- Septembre 2026 : 3,850 Mm³ (−3,9 % vs sept. 2025) ; gazole −7 %, essence +2,3 %. Sur janvier–septembre : −4,8 %.
- Entre le 11 et le 20 septembre, la consommation chute de 30 % par rapport aux dix premiers jours du mois (ministère, via franceinfo) ; gazole à 2,41 €/L en moyenne nationale le 20/09 (The Conversation).
- Deux mécaniques opposées : en mars on anticipe la hausse ; en septembre on réagit à un prix déjà dissuasif (élasticité-prix Insee −0,21 à −0,40).
+1,1 %
livraisons routières en mars 2026 (CPDP / Ufip EM)
−3,9 %
livraisons routières en septembre 2026 (même source)
−30 %
conso 11–20 sept. vs 1–10 sept. (ministère / franceinfo)
The Conversation a publié le 13 octobre 2026 une lecture claire de l’année carburant : d’abord une ruée « façon bank run », ensuite un frein franc quand le prix devient trop douloureux. On a recoupé cet angle avec les communiqués officiels d’Ufip Énergies et Mobilités (chiffres CPDP), le blog Insee d’avril et l’étude d’élasticité de 2023. Spoiler : les deux histoires se tiennent — à condition de ne pas mélanger un pic de deux jours et une moyenne mensuelle.
⛽ Mars : le plein avant la tempête
Le 28 février 2026, l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran puis le blocage du détroit d’Ormuz (environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux) font flamber le Brent : de 71 $ le 26 février à plus de 112 $ le 20 mars (Insee). À la pompe française, la hausse moyenne du mois atteint environ 17 %, et plutôt 25 % fin mars par rapport à fin février.
Les ménages n’ont pas attendu le bulletin mensuel. D’après les données Cartes Bancaires CB relues par l’Insee, les 2 et 3 mars enregistrent plus de 6 millions de demandes d’autorisation de paiement en stations — environ le double d’un jour de semaine habituel. Le 1er mars, le blog Insee cite même 6,3 millions. Les prix n’avaient pas encore tout intégré le Brent : on fait le plein « au cas où », un peu comme on retirerait son argent de peur que la file s’allonge.
Côté volumes mensuels, le CPDP (via Ufip EM, 13/04/2026) confirme une hausse : 3,865 millions de m³ de carburants routiers (+1,1 %). Mais le détail compte : les supercarburants bondissent de 8,6 % (1,289 Mm³), le gazole baisse de 2,2 % (2,576 Mm³). La part du gazole glisse à 66,7 %. Olivier Gantois (Ufip EM) parlait déjà d’un mois « historique »… sans effondrement de la demande — la ruée a masqué, en moyenne, la facture qui suivait.
En clair. Mars n’est pas « les Français roulent plus ». C’est surtout « ils avancent leurs pleins ». L’Insee le dit noir sur blanc : la moyenne mensuelle ne rendra que partiellement compte d’un pic concentré sur deux jours.
📉 Septembre : le frein, pas la ruée
Six mois plus tard, le décor a changé. The Conversation rappelle un gazole à 2,41 €/L en moyenne nationale le 20 septembre 2026. Le ministère de l’Action et des Comptes publics (franceinfo, 22/09) mesure une chute de 30 % des livraisons aux stations entre le 11 et le 20 septembre, par rapport aux dix premiers jours du mois — et −19 % du 1er au 21 septembre par rapport à la même période de 2025.
Le communiqué Ufip EM du 12 octobre 2026 (données CPDP) donne le mois entier : 3,850 Mm³ de carburants routiers (−3,9 % vs septembre 2025), sixième mois de recul d’affilée. L’essence reprend un peu (+2,3 %, 1,347 Mm³), le gazole prend la claque (−7 %, 2,503 Mm³). Part du gazole : 65 %. Sur janvier–septembre : −4,8 % au total, dont gazole −7,5 % et essences +0,6 %. En cumul 12 mois : −3,7 % (45,819 Mm³).
| Indicateur | Mars 2026 | Septembre 2026 |
|---|---|---|
| Carburants routiers | 3,865 Mm³ (+1,1 %) | 3,850 Mm³ (−3,9 %) |
| Essence / supercarburants | 1,289 Mm³ (+8,6 %) | 1,347 Mm³ (+2,3 %) |
| Gazole | 2,576 Mm³ (−2,2 %) | 2,503 Mm³ (−7 %) |
| Part du gazole | 66,7 % | 65 % |
Variations vs le même mois de 2025. Source : CPDP, communiqués Ufip EM du 13/04/2026 et du 12/10/2026.
🧠 Pourquoi ces deux réactions ?
The Conversation (Solène Collot, 13/10) s’appuie sur l’Insee Analyses n° 86 (juillet 2023) : une fois les anticipations neutralisées, l’élasticité-prix de court terme se situe entre −0,21 et −0,40. Traduction café du coin : +1 % de prix → −0,2 à −0,4 % de volumes. Les « petits rouleurs » ajustent plus fort en pourcentage (−1,06) que les « gros rouleurs » (−0,32) — mais ces derniers rognent plus de litres en absolu.
Mars = anticipation (on avance le plein). Septembre = réaction au prix déjà là (on réduit, on fractionne, on cherche la station moins chère). Entre les deux, l’État voit ses recettes bouger : au 20 septembre, David Amiel annonçait −407 M€ de recettes fiscales carburant depuis le début du conflit (TVA +710 M€, accises −1 117 M€). The Conversation cite, au 30 septembre, une moins-value nette de 383 M€ (TVA +798 M€, accises −1,18 Md€). Deux dates, deux photos — pas une contradiction.
🔌 Et l’électrique dans tout ça ?
La baisse du gazole (−7,5 % sur neuf mois) n’est pas qu’un effet prix : le parc évolue, les hybrides et électriques grignotent. On a déjà décortiqué le lien « carburant cher → ventes électriques » dans cet article chiffré (septembre 2026 : électrique à 42 % des immatriculations). Ici, le message est plus simple : quand le litre pique, les volumes pétroliers baissent — et le diesel prend plus cher que l’essence.
Pour le portefeuille du jour : notre point sur la baisse du gazole au 1er novembre, le historique des prix depuis 2000, et les astuces pour payer le plein moins cher. Si les stations sont à sec près de chez vous, le décompte du 14 octobre reste la photo du jour.
❓ FAQ
Pourquoi mars est en hausse et septembre en baisse, alors que les volumes (3,86 vs 3,85 Mm³) se ressemblent ?
Parce qu’on compare chaque mois à son mois de 2025, pas mars à septembre. Et parce que mars a concentré une ruée de deux jours qui gonfle la moyenne, tandis que septembre a connu un trou violent en milieu de mois (−30 % sur dix jours).
Livraisons CPDP = consommation des Français ?
Ce sont les sorties de dépôts/raffineries vers la clientèle (stations, etc.). C’est le meilleur proxy officiel mensuel — pas un compteur sur chaque réservoir. Les −30 % de mi-septembre viennent, eux, du ministère (livraisons aux stations sur dix jours).
Le gazole baisse plus que l’essence : c’est uniquement le prix ?
Non. Le prix joue (élasticité Insee), mais le mix du parc aussi (moins de diesel neuf, plus d’hybrides/électriques). Les chiffres CPDP ne séparent pas ces effets — on ne le fait pas non plus à leur place.
Faut-il stocker du carburant chez soi ?
Non, ce n’est pas le sujet de cet article — et ce n’est en général ni prudent ni légalement simple. Mieux vaut comparer les stations et adapter les trajets.
Mise à jour du 14 octobre 2026. On a publié le guide juridique et pratique : jerrican d’essence — combien de litres a-t-on le droit de stocker et de transporter ? (ADR 60 L / 240 L, stockage domicile, arrêtés préfectoraux).
📚 Sources
- Ufip Énergies et Mobilités — communiqué « consommation française… en mars 2026 » (13/04/2026), chiffres CPDP.
- Ufip Énergies et Mobilités — communiqué « … en septembre 2026 » (12/10/2026), chiffres CPDP ; fiche CPDP livraisons septembre 2026 (publiée 12/10/2026).
- The Conversation — Solène Collot, 13/10/2026, « Ruée anticipative début mars puis effondrement en septembre… ».
- Insee — blog « Hausse des prix de l’essence : les ménages français l’ont anticipée » (16/04/2026) ; Note de conjoncture mars 2026.
- Insee Analyses n° 86 — Bonnet, Fize, Loisel, Wilner et al., juillet 2023 (élasticité-prix).
- franceinfo / France Inter — Alexis Morel, 22/09/2026 (chiffres ministère Action et Comptes publics ; citation David Amiel).
- Photo à la une : Peter Brown — « Total Petrol Station, Vienne », Wikimedia Commons, CC BY 2.0 (recadrée 1600×900) — illustration, hors France.
Limites. Volumes CPDP = livraisons, pas km parcourus. Le −30 % de mi-septembre est un choc intra-mois (ministère), distinct de la variation annuelle du mois (−3,9 %). Recettes fiscales : deux photographies (20/09 vs 30/09). Élasticité Insee = France 2021–2023, pas une prévision 2026. Photo d’illustration (Autriche).
